Miriam Makeba

On la surnomme Mama Africa. Zenzile Makeba Qgwashu Nguvama est l’artiste panafricain qui incarne le plus la lutte anti-apartheid. Une grande dame de la chanson dont la vie fut sans cesse peuplée d’épreuves douloureuses. Disparitions d’êtres proches, divorces, exil…

Née en 1932 dans la capitale sud-africaine, Zenzi, diminutif d’Uzenzile qui signifie,  » Tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même « , commence son destin tristement exemplaire en prison : elle n’a que quelques jours lorsque sa mère est inculpée durant six mois pour avoir fabriqué de la bière afin de subvenir aux besoins de sa famille. Son père meurt lorsqu’elle a cinq ans. En 1947, les nationalistes afrikaners gagnent les élections et plongent le peuple noir dans l’arbitraire et la violence. C’est le début de l’apartheid.

Je suis né dans ce monde avec trois choses et il y en aura trois jusqu’au jour de ma mort: l’espoir, la détermination et le chant.

Miriam Makeba

À 20 ans, Zenzi Makeba, bonne d’enfants puis laveuse de taxis, vit seule avec sa petite fille Bongi et sa mère. C’est là qu’elle commence à chanter, presque par hasard, avec les Cuban Brothers, puis devient choriste du groupe Manhattan Brothers, en 1952, qui lui donne son nom de scène, Miriam. Si elle devient très rapidement une vedette, elle se sert de son nouveau métier pour dénoncer le régime de l’apartheid. En 1956, elle écrit son plus grand succès, la chanson Pata, Pata, avec laquelle elle fait le tour du monde. Cette chanson sera d’ailleurs reprise en français par Sylvie Vartan sous le titre Tape Tape en 1980. En 1959, elle est contrainte à un exil en Guinée, qui durera 31 ans, en raison de son apparition dans le film anti-apartheid Come Back, Africa du cinéaste américain Lionel Rogosin. Lorsque sa mère meure en 1960, elle ne peut assister à ses obsèques, du fait de son interdiction de séjour en Afrique du Sud.

Elle représente un véritable symbole pour la gente féminine. Elle fut la première femme noire à obtenir un Grammy Award en 1965. Toujours sur la voie du succès, elle reçoit la distinction de Chevalier des Arts et Lettres par la France en 1985. Elle revient dans son pays en 1990, encouragée par Nelson Mandela, et y poursuit sa carrière artistique.

Elle a abordé des sujets importants pour la société de son temps, qui se retrouvent toujours d’actualité. De l’identité des peuples africains à la solidarités entre ces derniers, la chanteuse sud africaine a donné une véritable voix à l’Afrique.

Elle ne reviendra en Afrique du Sud qu’à la libération de Nelson Mandela, emprisonné avec la plupart des dirigeants du Congrès National Africain (ANC) au pénitencier de Robben Island. Elle ne cessera de prononcer des discours anti-apartheid et d’appeler au boycott de l’Afrique du Sud devant les Nations Unies. Elle chante en zoulou, en zhoxa, en tswana. Ses mélodies chantent la tolérance et la paix. Elle vit partout, libre et traquée, aux Etats-Unis, en Guinée, en Europe. Elle est devenue le symbole de la lutte anti-apartheid. Dans ses chansons, pas d’amertume mais une dignité à toute épreuve. En 1966, Makeba reçoit un Grammy Award pour son disque An evening with Harry Belafonte and Miriam Makeba et devient la première Sud-Africaine à obtenir cette récompense. En 1985, sa fille Bongi décède en Guinée des suites de son accouchement.

 L’Afrique a ses mystères, et même un Homme sage ne peut pas les comprendre. Un Homme sage les respecte.

Miriam Makeba

Miriam Makeba a toujours rêvé d’une grande Afrique unie. Pour son pays, elle exhortait ses frères noirs au pardon.  » Il faut nous laisser grandir. Les Noirs et les Blancs doivent apprendre à se connaître, à vivre ensemble. « 

Elle avait annoncé en 2005 qu’elle mettait fin à sa carrière, mais elle continuait à défendre les causes auxquelles elle croyait. Elle est décédée le lundi 10 novembre 2008, à l’âge de 76 ans, à Naples des suites d’un malaise, à l’issue d’un concert de soutien à l’auteur de « Gomora », traqué par la Mafia, Roberto Saviano.

UNE PETITE CONTRIBUTION PEUT FAIRE UNE GRANDE DIFFERENCE